Beryl Marjolin enseigne la pratique de la pleine conscience aux particuliers comme en entreprise. C’est après avoir lu son livre Transformez votre vie par la pleine conscience que j’ai eu envie d’aller plus loin dans la découverte de la pleine conscience et de m’inscrire à un de ses ateliers de réduction du stress (MBSR). Et je ne l’ai pas regretté ! Beryl fait partie de ces personnes dont la rencontre laisse une belle empreinte. Si trois mots devaient la décrire, je choisirais écoute, bienveillance et humour.

 

En quoi la pleine conscience a changé ta vie ?

Livre Beryl Marjolin pleine conscience
Tout a commencé par le corps. Depuis que j’ai 5 ans, j’ai des problèmes de dos, et à 30 ans je passais beaucoup de temps chez des praticiens pour me « remettre en place » régulièrement. Aujourd’hui je sais quoi faire dès que la douleur pointe son nez. Le scan corporel – cette pratique qui consiste à porter son attention dans les différentes parties du corps pour se familiariser avec ses sensations et lâcher un peu les tensions rencontrées – est devenu mon meilleur ami !

Ça a aussi changé aussi mon rapport avec les autres, notamment avec mes proches. Prendre conscience le plus souvent possible des histoires que je me raconte, surtout lorsque la relation ne se passe pas comme je veux, me permet d’être un peu moins bête… Plus douce… Avec les autres et avec moi-même !
Et puis cette pratique touche aussi, pour ceux qui y sont ouverts, à quelque chose de plus spirituel. Pour moi, prêter attention au moment présent change mon regard sur le miracle qu’est la vie. Prenons quelque chose de tout simple : la respiration. C’est un truc de fou, la respiration, si on s’y arrête un instant. Sans que nous ayons rien à faire, sans que nous ayons besoin d’y penser, un mouvement se produit, inspiration-expiration, qui vient nourrir le corps d’oxygène et en éliminer ce dont il n’a pas besoin. À tout moment de la journée, nous pouvons ainsi nous arrêter et prendre conscience du souffle… Parfois il est court et saccadé, parfois il est souple et profond… Peu importe : il est là et inlassablement, depuis notre premier cri, il nous accompagne. Quel émerveillement !

 

On associe généralement à la pleine conscience des attitudes comme la bienveillance, la curiosité, le non jugement. Tu parles aussi de l’humour…


Oui, parce que l’humour, cultivé sans ironie ni sarcasme mais plutôt avec tendresse et bienveillance, est une arme très utile pour faire face à la vie et ses aléas. Il y a des moments où on galère suffisamment pour ne pas en rajouter. Personne n’a, selon moi, mieux parlé de l’humour que Romain Gary : « Je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. (…) L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive ». Pour moi, l’humour est comme un sourire intérieur, comme un souffle rafraîchissant qui nous donne un peu d’espace face aux situations difficiles.

 

Si tu devais donner une bonne raison de pratiquer la pleine conscience, ce serait laquelle ?


Entrer en amitié avec soi-même
. Beaucoup d’entre nous passent un temps fou à se juger, se comparer… Et à conclure qu’ils ne sont pas la hauteur. Un peu comme si nous nous disions « Allez ! Si je me mets assez la pression, peut-être que je deviendrai la personne « bien » que je voudrais être ! ». Résultat : nous nous traitons parfois d’une façon dont nous n’oserions pas traiter nos amis… Et toutes ces petites injonctions telles que « il faudrait, je devrais, j’aurais dû, ça ne suffit pas, etc. » ne laissent pas beaucoup de place à la bienveillance. La pleine conscience nous aide à cultiver cette bienveillance, encore et encore, et à nous accepter tel que nous sommes. En douceur. Une précision peut-être : bienveillance n’est pas indulgence. Être bienveillante envers moi-même ne veut pas dire que je fais fi des conséquences de mes actes. Si dans une conversation houleuse il m’arrive de dire quelque chose de blessant, il ne s’agit pas de dire « Bon ben voilà, je cultive la bienveillance : tant pis, ce n’est pas grave ! » Mais au contraire de prendre la responsabilité de mes paroles en reconnaissant leur caractère blessant et en choisissant consciemment comment « réparer » du mieux possible. Sans perdre d’énergie à me fustiger, et c’est là que la bienveillance est clé . Cela revient à dire « Bon… J’ai fait de mon mieux dans cette conversation… Le résultat n’est pas terrible… Qu’est-ce que je fais maintenant pour réparer du mieux que je peux ? »

 

Quels conseils donnerais-tu pour mieux se nourrir ?


Choisis ce que tu veux manger, à quel moment le faire et sois vraiment là en mangeant, profite de chaque bouchée. Quel que soit ce que tu as décidé d’avaler, même si c’est une cochonnerie, si tu la manges en étant réellement conscient, il y a de grandes chances que tu en manges moins, et surtout sans culpabilisation.
On peut aussi retracer en imagination tout le chemin qui a permis à la nourriture de nous arriver. Par exemple, pour un fruit ou un légume : penser à la personne qui l’a cultivé, celle qui l’a ramassé, emballé puis transporté… tout cela jusqu’à ton assiette. Même chose pour un produit industriel : tous les ingrédients qui le composent, bons et mauvais, les conditions dans lesquelles il a été fabriqué, et ainsi de suite. Ça permet de prendre mieux conscience aussi de ce que nous ingurgitons.

 

Des trucs pour ajouter facilement de la pleine conscience à son repas, sans que cela devienne une discipline fastidieuse qui « plombe l’ambiance » ?


On assimile bien sûr « repas en pleine conscience » et silence… C’est vrai qu’il est plus facile de rester attentif à son repas si l’on n’entretient pas simultanément une conversation ! Et en même temps, on peut tout à fait se prêter à l’exercice tout en ayant une conversation avec ses convives. Il s’agit en réalité de « jouer » avec l’ouverture de notre attention : attention focalisée sur les sensations immédiates de la nourriture, et attention ouverte sur notre environnement. Et puis à certains moments, l’attention s’échappe, et à d’autres nous nous souvenons : « ah oui tiens, j’étais sensé faire attention à ce que je mange ». Et çela nous permet de revenir à notre assiette.
Tu peux aussi, par exemple, décider de faire les trois premières bouchées de chaque plat en étant présent à toutes tes sensations. Ou encore démarrer le repas par trois minutes en pleine conscience. C’est aussi une bon moyen de se souvenir de cultiver la gratitude : nombreux sont ceux qui ont participé au cheminement des aliments jusqu’à ton assiette !

 

Comment manges-tu ?


Ah, il y a beaucoup à dire ! Je mange bio autant que possible, avec un gros accent sur les légumes. Je suis devenue flexi-végétarienne il n’y a pas longtemps, moins dans une perspective de santé que dans celle de ne pas nuire. Je traque par ailleurs tous les aliments transformés, car je suis persuadée que l’industrie agroalimentaire se fiche totalement de nous empoisonner. Chacun ses inquiétudes complotistes !
Ma faiblesse : j’ai une énorme « sweet tooth ». J’aime les desserts, le chocolat, les biscuits, les gâteaux… Manger reste un moment de plaisir, même si ça n’est pas encore totalement décontracté. Je cherche toujours à ce que ce soit le plus sain possible, que les aliments restent « vivants ». Dans cette idée, je réfléchis à la meilleure façon de cuisiner pour ne pas abîmer.
La recherche concernant l’alimentation et la santé me passionne. Le jeûne par exemple fait partie des sujets que je regarde de près en ce moment. Bref, c’est un sujet inépuisable !

Beryl Marjolin, « Transformez votre vie par la pleine conscience », Leduc S. Éditions
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